L’autoconsommation et le Green Corporate PPA : quelles différences ?

L’adoption de l’électricité verte est un enjeu crucial pour les entreprises. Mis à part les offres « vertes » des fournisseurs, deux options se démarquent : l’autoconsommation via des installations photovoltaïques et, une autre moins connue,  la signature d’un Green Corporate Power Purchase Agreement (PPA). Quelles sont les différences entre ces deux stratégies ?

Autoconsommation pour les entreprises : fonctionnement et modèle économique

L’autoconsommation fait référence à la production et à l’utilisation de l’électricité sur place, par exemple via des panneaux solaires photovoltaïques installés sur les bâtiments de l’entreprise (toiture d’usine, ombrières de parking…).

Comment ça marche ?

La mise en place de l’autoconsommation dans une entreprise requiert une planification minutieuse, une compréhension des réglementations, et un engagement envers l’entretien et le suivi du système, nécessitant l’appel à un ou plusieurs experts pour :

  • L’Audit du site : La première étape est d’évaluer le potentiel du site avec l’espace disponible (toits, parkings, terrains) pour l’installation des panneaux solaires, mais aussi son exposition au soleil, à l’ombre, et d’autres facteurs environnementaux.
  • La Conception du système : Il faut sélectionner les panneaux solaires et onduleurs puis élaborer un plan détaillant l’emplacement des panneaux, le câblage, et les connexions au réseau électrique.
  • L’Obtention du permis et la conformité réglementaire : le projet doit respecter toutes les normes de sécurité et environnementales afin d’obtenir les permis de construire nécessaires.
  • Le Raccordement au réseau : Afin de revendre l’excédent d’énergie produit, il faut effectuer une demande à Enedis pour se raccorder au réseau national.
  • L’Installation : elle doit être réalisée par des professionnels. Cela inclut l’installation des panneaux et le raccordement au réseau électrique de l’entreprise.
  • L’Obtention d’un contrat d’obligation d’achat : la loi française permet de revendre l’excédent produit par un contrat long terme (20 ans) à prix fixé au préalable par l’Etat
  • La Maintenance et le suivi : L’installation nécessite une maintenance régulière pour assurer son bon fonctionnement et la durabilité du système, ainsi que l’utilisation de systèmes de monitoring pour suivre la production d’énergie et identifier rapidement tout problème éventuel.

Quel modèle économique ?

  • Investissement initial : L’installation de panneaux solaires implique un coût initial non négligeable pour les entreprises. Il intègre le coût des panneaux mais également l’installation, la planification, la conception ou encore les frais légaux.

Exemple : une installation de 100 kWc sur toit ou ombrière (500m² à 800m² de place disponible) a un coût initial compris entre 100 000€ et 120 000€

  • Économies sur les coûts énergétiques : Dans la mesure du possible, l’électricité produite est consommée directement sur place, diminuant ainsi l’énergie soutirée sur le réseau et donc facturée par le fournisseur. Sur cette partie, l’entreprise n’est alors pas dépendante de son fournisseur ni du marché concernant le prix de son énergie.

 Exemple : la même installation de 100 kWc peut  produire  entre 120 000 kWh et 175 000 kWh en France selon les régions, cette production pouvant être autoconsommée en moyenne à 95% selon l’ADEME. A noter que cette production sera dégressive dans le temps du fait de l’usure progressive des panneaux (c. -0.5% par an)

  • Revente du surplus par un contrat d’Obligation d’achat EDF : A chaque instant, si l’énergie produite n’est pas autoconsommée, elle peut être injectée sur le réseau et revendue dans le cadre d’un contrat d’Etat long terme (20 ans) au prix fixe. L’entreprise génère alors un revenu additionnel. Le prix de revente du surplus actuel est de 0.1202€ par kWh.
Source : https://particulier.hellio.com/
Source : www.smartgrids-cre.fr
  • Coûts de maintenance : l’entreprise se doit de maintenir son installation dans un bon état de fonctionnement afin de maximiser sa production. Cela passe par un contrat de maintenance externe avec des coûts fixes (maintenance prévisionnelle) et variables (maintenance curative).

Exemple : En reprenant l’installation de 100 kWc, il s’agit d’un coût annuel d’environ 1 000€ pour la maintenance préventive. Il faudra ajouter à cela toute maintenance curative qui découle de ce suivi et qui sera facturée en moyenne de 500€ par intervention, hors pièces à remplacer. Il faudra également prévoir le remplacement des onduleurs tous les 10 ans pour environ 10 000€.

En considérant tout cela, l’entreprise obtient un retour sur investissement attractif sur plusieurs années. Il dépend de nombreux facteurs (ensoleillement, % autoconsommé, entretien de l’installation etc.) mais se situe généralement entre 10 ans et 15 ans.

En conclusion, quels avantages et inconvénients ?

Avantages :

  • Autonomie énergétique : L’entreprise produit sa propre énergie, réduisant sa dépendance vis-à-vis du prix de marché long terme.
  • Réduction des coûts à long terme : Après l’amortissement de l’investissement initial, l’énergie produite est pratiquement gratuite et le surplus peut même être valorisé.
  • Décarbonation de l’activité : l’énergie produite et donc consommée est verte.

Inconvénients :

  • Investissement initial élevé : Le coût initial d’installation des panneaux solaires est important.
  • Maintenance : Les systèmes photovoltaïques nécessitent une maintenance régulière et donc un coût externe,  mais aussi du temps de gestion pour l’entreprise. Il y a aussi un  risque de casse.
  • Consommation cible limitée par la technologie (solaire uniquement) et l’espace disponible : Ces contraintes peuvent limiter l’impact et donc l’intérêt pour certains acteurs électro intensifs ou/et avec des espaces disponibles limités.

L’autoconsommation est-elle forcément individuelle ?

Non, elle peut également être collective : plusieurs producteurs et plusieurs consommateurs (certains acteurs pouvant être producteurs ET consommateurs) s’associent pour produire et donc consommer de l’énergie sur un même territoire, permettant parfois d’augmenter la partie autoconsommée.

Toutefois, il existe deux limitations importantes : la puissance installée cumulée ne peut excéder 3 MW et les producteurs/consommateurs doivent se situer dans un rayon de 2km.

Green Corporate PPA : quelle différence avec l’autoconsommation ?

Un Green Corporate PPA est un accord où une ou des entreprises s’engagent à acheter de l’électricité renouvelable directement à un producteur professionnel (Voltalia, Valeco…) pour une durée fixe et à un tarif prédéfini (voir article).

Le Green Corporate PPA est une stratégie différente de l’autoconsommation mais avec des  objectifs communs: autonomie et visibilité sur les coûts énergétiques et verdissement de l’énergie consommée.

Différences Fondamentales avec l’autoconsommation :

  • Revente du surplus de production non pris en compte dans le contrat: Contrairement à l’autoconsommation où le surplus de production est acheté dans le cadre d’un contrat EDF AO réglementé, ce n’est pas le cas pour le CPPA. Il faut donc « équilibrer » la consommation et la production à chaque instant sur le marché, via les services d’un acteur appelé « agrégateur », avec le risque de prix de marché associé. Pour se couvrir de ce risque, le calibrage du CPPA est important en limitant la couverture de sa consommation par ce contrat (20% – 30%)
  • Flux physique  « indirect » : Il n’existe pas de lien physique entre la consommation et la production. En effet dans le cadre d’un CPPA, le consommateur peut par exemple être en Bretagne alors que la centrale de production se trouve dans le sud de la France.
  • Des défis de mise en place différents : Pour l’autoconsommation, ils se trouvent dans le process allant de la conception du projet à sa mise en service, nécessitant l’intervention d’experts. Pour le CPPA, Il s’agit de gérer le process de négociation et la gestion d’un contrat direct long terme avec le producteur.
  • Pas d’Investissement en infrastructure : Contrairement à l’autoconsommation, les PPA ne nécessitent pas d’investissement initial pour l’installation de l’infrastructure.
  • Pas de Gestion d’Infrastructure : Les entreprises n’ont pas à se soucier de la maintenance des installations énergétiques, gérée par le producteur qui prend également en charge les risques associés à la casse ou aux anomalies de production.
  • Volume potentiellement plus important : Avec l’autoconsommation, le volume est contraint par l’espace disponible. La moyenne est environ 180 Wc installée par M² disponible, soit une production annuelle initiale allant de   200 à 315 KWh/m². Avec un CPPA, Le choix de la centrale de production est ouvert et adaptable à chaque besoin (centrale photovoltaïque à grande échelle, éolien terrestre) permettant d’avoir des volumes de plusieurs GWh par an

L’autoconsommation et les Green Corporate PPA offrent deux parcours distincts mais potentiellement complémentaires vers la durabilité énergétique pour les entreprises. L’autoconsommation est idéale pour les entreprises disposant de l’espace nécessaire et d’une capacité d’investissement. En revanche, les Green Corporate PPA conviennent mieux aux entreprises plus électro intensives cherchant à stabiliser leurs coûts énergétiques, sans investissement initial ni gestion d’infrastructure. Le choix dépend des objectifs spécifiques, des ressources financières et de la stratégie de durabilité de chaque entreprise et peuvent tout à fait se compléter dans le cadre d’une stratégie plus globale de durabilité énergétique.