Réduire son Empreinte Carbone grâce aux cPPA et à l’Autoconsommation Collective : Un Impact Réel ?

Les entreprises font face à des défis environnementaux majeurs, amplifiés par des obligations réglementaires croissantes comme celles imposées par la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive). Réduire son empreinte carbone n’est plus seulement une démarche volontaire : c’est devenu une exigence légale et un impératif pour rester compétitif.

Dans ce contexte, les Corporate Power Purchase Agreements (cPPA) et l’autoconsommation collective apparaissent comme des outils innovants pour verdir les bilans carbone. Mais leur efficacité soulève des questions : ces initiatives permettent-elles réellement de réduire les émissions déclarées ? Peuvent-elles alléger les besoins en crédits carbone ou améliorer les scores de labels spécifiques ?

Pour répondre à ces interrogations, il est essentiel d’examiner en détail leurs mécanismes, leurs impacts spécifiques et leur intégration dans les calculs environnementaux des entreprises.

Entre cPPA, autoconsommation individuelle et collective : des solutions aux dynamiques variées

Avant d’explorer leur impact, rappelons brièvement ce que recouvrent ces solutions :

  • Les cPPA sont des contrats d’achat à long terme d’électricité renouvelable. Ils permettent à une entreprise de sécuriser son approvisionnement en énergie verte, soit par une livraison physique, soit via des mécanismes financiers compensatoires.
  • L’autoconsommation repose sur l’utilisation directe de l’énergie produite localement. Lorsqu’elle est individuelle, elle concerne une seule entreprise. L’autoconsommation collective, en revanche, implique plusieurs acteurs (entreprises, collectivités, particuliers) partageant une même production énergétique.

Ces solutions partagent un objectif commun : accélérer la transition énergétique en augmentant la part des énergies renouvelables dans les usages quotidiens. Cependant, leurs impacts diffèrent largement, notamment lorsqu’on examine leurs effets sur les bilans carbone.

Les cPPA et l’autoconsommation à l’épreuve des bilans carbone

L’intégration des énergies renouvelables dans les bilans carbone dépend des méthodologies de calcul adoptées. Deux approches principales sont utilisées :

  • Market-based : cette méthode prend en compte les contrats spécifiques (comme les cPPA) et les garanties d’origine associées.
  • Location-based : ici, le calcul repose sur le mix énergétique général du réseau local.

Avec un cPPA, l’impact est clair dans une approche Market-based : l’électricité achetée est comptabilisée comme neutre en carbone, réduisant directement le Scope 2. En revanche, dans une méthode Location-based, l’effet est nul. L’entreprise est toujours associée au mix énergétique local, indépendamment du contrat.

Pour l’autoconsommation, qu’elle soit individuelle ou collective, l’électricité produite et consommée localement est considérée comme neutre en carbone dans les deux méthodologies. Cependant, dans le cadre de l’autoconsommation collective, une traçabilité rigoureuse est nécessaire pour attribuer correctement les parts d’électricité consommée à chaque participant.

Exemple : Impact de l’autoconsommation sur le bilan carbone

Une entreprise produit 600 MWh grâce à des panneaux solaires sur site et consomme 1 000 MWh par an (soit 40 tonnes de CO₂ avec un mix énergétique de 40 gCO₂/kWh). Les 400 MWh restants sont achetés sur le réseau[1].

  • Location-based : seuls les 400 MWh achetés sur le réseau sont comptabilisés, car l’électricité autoproduite est neutre en carbone.
    • Émissions Scope 2 = 400 MWh × 40 gCO₂/kWh = 16 tonnes de CO₂.
  • Market-based : l’électricité autoproduite est également neutre en carbone.

L’impact est similaire si les 600 MWh sont partagés dans le cadre d’un projet d’autoconsommation collective, à condition que la traçabilité soit respectée.

Cependant, ces initiatives ont également un impact sur le scope 3 :

  • L’installation de panneaux solaires, d’éoliennes ou d’autres infrastructures de production d’énergie renouvelable génère des émissions indirectes (fabrication, transport, construction). Ces émissions, bien que faibles comparées aux bénéfices à long terme, doivent être intégrées dans le Scope 3 de l’entreprise.
  • Un projet d’autoconsommation peut augmenter temporairement le Scope 3 lors de sa mise en œuvre, avant de contribuer à une réduction globale des émissions grâce à l’énergie renouvelable produite.

Les cPPA et l’autoconsommation réduisent donc les émissions carbones et donc les besoins en crédits carbone pour le Scope 2. Cependant, ils peuvent nécessiter une compensation supplémentaire dans le Scope 3 pour les émissions liées à l’installation des infrastructures. Une analyse du cycle de vie des projets est essentielle pour évaluer précisément leur impact global.

Conformité et labels : des impacts différenciés selon les solutions

les cPPA et l’autoconsommation jouent également un rôle clé dans la valorisation des entreprises via les labels et certifications.

Les cPPA, en particulier ceux issus de projets Greenfield, sont bien perçus par des cadres d’évaluation comme EcoVadis ou les notations ESG. Ils démontrent un engagement concret en faveur de la transition énergétique allant au-delà d’un contrat de fourniture « vert » ou de l’achat sur le marché de garanties d’origine. L’autoconsommation, quant à elle, séduit par son approche locale et sa capacité à répondre aux attentes des parties prenantes en matière d’impact communautaire. Dans le cadre des obligations comme le CSRD, ces solutions simplifient le reporting en fournissant des données fiables et traçables. Cependant, les projets d’autoconsommation collective peuvent nécessiter des efforts administratifs supplémentaires pour garantir une conformité parfaite

Les cPPA et l’autoconsommation collective sont des leviers puissants pour réduire l’empreinte carbone des entreprises, notamment en diminuant les émissions du Scope 2. Cependant, il est crucial de considérer les émissions indirectes liées à l’installation des infrastructures, qui impactent le Scope 3. Choisir la solution adaptée à la stratégie carbone de l’entreprise permet non seulement de répondre aux exigences réglementaires, mais aussi de renforcer son engagement en faveur de la transition énergétique, tout en améliorant sa compétitivité et son image.

Ces initiatives doivent s’inscrire dans une stratégie carbone globale, intégrant des mesures d’efficacité énergétique, la gestion des crédits carbone, et une analyse du cycle de vie des projets. Avec une approche équilibrée, elles permettent non seulement de répondre aux exigences réglementaires comme le CSRD, mais aussi de renforcer la compétitivité et l’image de marque des entreprises.

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[1] En considérant que la consommation se fait simultanément à la production.  Cet équilibrage se fait en effet à chaque instant et non au pas annuel